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Podcast 19] Interview de Laurent Geslin – photographe animalier

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Je mesure à chaque fois la chance que j’ai – le privilège ? – de pouvoir converser en tête à tête avec des photographes animaliers connus et reconnus. Quand j’ai commencé cette série d’interviews il y plus de 3 ans, je ne pensais pas qu’un jour je pourrais passer plus de 30 minutes avec le photographe animalier Laurent Geslin. Ni d’ailleurs avec Fabrice Cahez, Philippe Moës, Fabien Gréban ou Eric Dragesco  [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier .

Bref, j’espère que vous prenez autant de plaisir à écouter ces interviews que j’en ai à les faire !  [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Laurent Geslin est le 15 ème photographe animalier à passer à la – gentille- moulinette de mes questions.  [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier Ceux qui découvrent le blog et ses podcasts ont devant eux 15 interviews x 30 minutes = 7,5 heures de photographes animaliers à écouter ! Un Paris – Marseille en voiture en écoutant non stop les meilleurs d’entre nous ! Ça le fait non ?  [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Quel photographe animalier est Laurent Geslin ?

laurent geslin photographe animalier 285x190 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Laurent Geslin, photographe animalier

Laurent Geslin est un bourlingueur, au sens noble du terme, de la photographie. Un bourlingueur géographique parce qu’il est allé souvent loin de ses terres d’origines. Parce qu’il a vécu dix ans à Londres et qu’il vit à présent dans le Jura Suisse. Parce qu’il a été guide naturaliste.

Mais aussi un bourlingueur photographique ! La nature et les animaux demeurent, évidemment, ses premiers amours et le principal objet de son travail. Pas seulement ! Laurent Geslin a également photographié de la nourriture, des évènements, des soirées, des mariages, des Bar Mitsvah, et du nu ! Ajoutez à cela une formation initiale en Histoire de l’art et vous comprendrez que Laurent possède un bagage technique, culturel, artistique et naturaliste très au delà de la moyenne.

Je ne suis donc plus guère étonné quand je vois les photo animalières produites par Laurent Geslin. Un style à part, une signature singulière, une patte … « Geslinièsque » !!
Vous en doutez encore ? Rien que le thème de son deuxième livre vous le confirmera : safari Urbain aux éditions Althus. Fallait déjà avoir l’idée de passer des heures et des journées d’affût en pleine ville pendant que les collègues photographes animaliers étaient, eux, perdus dans la nature !

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Le livre safari Urbain

La beauté de ce livre n’a d’égal que l’originalité du thème. Un vrai plaisir pour les yeux mais aussi – et surtout – une vraie réflexion sur la place de l’homme dans la nature, ou de la nature avec l’homme … en fait on ne sait plus qui profite de qui quand on referme safari Urbain.

Le dernier projet de Laurent Geslin porte sur le lynx. Des années d’observations, de travail d’équipe avec des associations, des scientifiques, et bien sur, de photographies. Le résultat est un livre « lynx, regards croisés » aux éditions Slatkine. Il sort à la fin du mois de septembre mais vous pouvez déjà le commander ici (lien non affilié). Il fera date à n’en pas douter.

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Le dernier livre de Laurent Geslin

La fin d’année 2014 sera chargée pour Laurent Geslin car vous pourrez le croiser au festival de Montier-en-Der, au festival de la Salamandre et au festival de Namur. Ah au fait, la photo de l’affiche de Montier-en-Der 2014, c’est lui !! (enfin, non, c’est pas lui, car c’est un lynx, mais c’est lui qui l’a prise !  [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier )

affiche montier en der 201x285 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

L’affiche 2014 de Montier-en-Der

Ecouter son interview :

Vous apprendrez notamment :

  • comment Laurent est venu à la photo animalière
  • comment ses études en histoire de l’art l’ont aidé à créer son style
  • comment il s’y est pris pour photographier les animaux sauvages la nuit en ville
  • comment il a fait pour pouvoir approcher le lynx
  • quelle est sa photo favorite et pourquoi

Pour découvrir l’ensemble du travail de Laurent, voici son site internet. N’hésitez pas, vraiment, à faire un tour du coté de son « Shop » (lien non affilié) pour feuilleter des grands extraits de ses livres … et aller plus loin !
Vous pouvez aussi le suivre sur Facebook

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

lynx dans le Jura © Laurent Geslin

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

lynx dans le Jura © Laurent Geslin

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

cerf en Angleterre © Laurent Geslin

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

Blaireau dans un cimetierre de Londres © Laurent Geslin

 [Podcast #19] Interview de Laurent Geslin   photographe animalier

renard roux à Londres © Laurent Geslin

Retrouvez ci-dessous la transcription écrite de l’interview :

A : Régis Moscardini

B : Laurent Geslin

A : Bonjour Laurent Geslin. Je suis ravi de t’accueillir sur Auxoixnature et je te remercie vraiment d’avoir accepté mon invitation.
B : Je t’en prie. Dis-moi ce que tu veux savoir sur ce que je fais.
A : Alors la première question ira vers la naissance de ta passion. Qu’est-ce qui t’a amené à pratiquer la photo animalière en particulier et la nature en général ?
B : Alors la photo animalière. D’abord j’ai commencé en tant que passionné de nature, donc je pense que c’est un peu, tu vois, une espèce de parcours assez classique, de passionné de nature quand j’étais gamin, j’étais tout le temps en train de trainer dans les bois, je suis breton et pourtant j’ai toujours été plus passionné par la forêt, peut-être parce que j’avais ma grand-mère qui n’habitait pas loin de la forêt de Brocéliande, et moi j’ai toujours été beaucoup plus attiré par la forêt, et donc en fait quand j’étais gamin, je me souviens même d’avoir des souvenirs de partir tout petit par la fenêtre de chez ma grand-mère notamment pour aller écouter l’engoulevent alors que ma grand-mère ne le savais pas, parce que je passais des vacances chez elle. Donc moi, c’est d’abord avant toute chose une approche naturaliste que j’avais, et puis ensuite je me suis amusé à faire quelques photos et je me suis pris un petit peu dans le jeu de ça, je suis rentré dans une association qui existe encore, qui s’appelle l’APAB qui est l’Association des photographes animaliers bretons et qui expose assez régulièrement en Bretagne, même à Montier ils sont présents. Et là, je suis tombé pas mal maintenant sur des gens qui sont devenus des copains, il y a Louis-Marie Préau par exemple ou Eric Ménard. Et puis c’est devenu en fait une passion qui s’est développée parallèle entre la nature et l’environnement.
A : Ça vient de loin, en gros, ce n’est pas un déclic comme ça, c’est quelque chose qui est lié à l’enfance.
B : Ah oui ! Je me souviens même, c’est marrant parce que maintenant j’ai un petit gamin de trois ans, je le regarde un peu, je regarde un peu ses premières passions, ses premiers intérêts, a priori il n’a pas l’air d’être particulièrement passionné par la nature, lui, mais tu vois, les dessins que je faisais, je dessinais beaucoup, en fait après j’ai fait une école d’art, c’était tout le temps, tout le temps, tout le temps sur les animaux, tout le temps, ça ne pouvait pas passer par autre chose que ça. Donc non, c’est vraiment quand j’étais tout gamin, j’étais vraiment passionné par les bestioles.
A : D’accord. On va y revenir justement par rapport à tes études d’histoire de l’art. J’ai lu ta biographie sur ton site Internet et j’ai l’impression que tu as le bagage idéal pour le photographe animalier, c’est-à-dire que tu as fait des études d’histoire de l’art justement, mais tu as été aussi guide naturaliste. J’imagine que tu dois être bien armé pour pratiquer la photo d’animaux tout de même, non, entre ce que tu as fait comme études et ta passion qui t’a amené à être guide naturaliste, tu as un bon bagage pour pouvoir faire de la photo animalière ?
B : Oui. Et puis c’est essayer d’avoir une certaine cohérence, si tu veux, dans mes activités, dans mes intérêts, c’est-à-dire que c’est vrai que la photo animalière, ça permet quand même d’avoir une certaine liberté de création, donc il y a une interprétation personnelle, je veux dire, ce n’est pas, moi j’aime bien avoir, d’ailleurs mes images j’espère en tout cas, elles ont une certaine identité, et ça c’est des choses sur lesquelles j’étais imprégné, ou en tout cas orienté par des choses que j’ai vues qui n’étaient pas forcément liées à la photo, tu vois, il y a pas mal de peintres, moi j’adore Rembrandt, je trouve que c’est vraiment un peintre qui a très bien travaillé sur la lumière et c’est des gens comme ça qui m’ont probablement ensuite modelé un peu pour le résultat des images que je fais maintenant.
A : Alors c’est vrai que la grande majorité des photographes animaliers qu’on connait, qu’on peut voir, sont d’abord des passionnés de nature avant d’être des photographes artistiques, avant d’être des artistes. Et ils viennent à la photo en apprenant sur le tas, et n’ont pas comme toi une formation artistique initiale. Est-ce que tu crois que ce manque de culture et de pratique artistique soit un réel handicap pour le photographe animalier ?
B : Handicap, je ne sais pas, parce qu’il y a quand même des gens très talentueux, mais s’il y a une chose que je peux remarquer, c’est que les gens qui ont une certaine recherche, je ne vais pas dire intellectuelle, mais une certaine recherche derrière leurs propres images, outre la passion de la nature, c’est qu’on voit un style dans le photographe. C’est-à-dire que tu vas reconnaitre dans le photographe quelque chose de personnel. Alors que peut-être effectivement le passionné de nature va se nourrir des photographes animaliers, des autres photographies animalières on va dire, et puis il va finir par ressembler un petit peu à un style général. Or moi ce que j’apprécie énormément chez certains photographes, c’est qu’ils ont un vrai style, tu vois. Il y a peut-être des jeunes photographes qui connaissent moins Stephen Dalton ou même des Français comme Hellio et Van Ingen, qui ont amené quelque chose à la photo parce qu’eux-mêmes ont vraiment réfléchi à l’image. Ils ont réfléchi, par l’art pas forcément, mais tu vois, ils ont un bagage qui est sorti purement du naturaliste.
A : De la photo animalière du naturaliste. Alors justement tes influences photos vont au-delà des seuls photographes nature, tu dis avoir découvert la photo par des auteurs classiques comme Cartier-Bresson, comme Raymond Depardon ou martin Parr par exemple. Est-ce que tu crois que s’intéresser à des photographes hors champ animalier, ça peut être intéressant pour la pratique de la photo animalière ? Tu as en partie répondu juste avant mais est-ce que ça peut être bien de se forcer à aller voir d’autres pratiques de la photo que celles de l’animalier ?
B : Oui, comme je te disais. Alors soit de la peinture, soit de la photo, mais effectivement on peut aussi regarder plein d’autres photographes qui font des choses, moi en fait j’ai vécu longtemps à Londres et pendant 6 mois de l’année je faisais de la photo plutôt commerciale, je faisais des portraits, je faisais des événements, je faisais des Bar Mitsvah, je faisais même de la bouffe, j’ai même fait du nu, tu vois, donc ça me permettait d’avoir
A : C’était ton gagne-pain, c’est ça ?
B : C’était mon gagne-pain. A Londres, je gagnais correctement ma vie pendant 6 mois, donc après je pouvais partir pendant 6 mois, donc c’était vraiment la vie idéale. Et bien forcément j’étais influencé, et puis je rencontrais des gens, je rencontrais d’autres photographes qui n’avaient strictement rien à voir, et puis tu sais à Londres, quand tu es photographe animalier, il n’y en a pas beaucoup, donc tu rencontres beaucoup plus d’autres photographes qui eux font des choses, pour moi, qui n’avaient rien à voir avec mon style, mais probablement, oui, j’ai été un peu influencé par des gens comme ça, par des styles un peu décalés.
A : Alors Cartier-Bresson je connais, Raymond Depardon je connais depuis qu’il a fait le portrait de François Hollande en 2012, je ne le connaissais pas avant, j’ai assez peu de culture, on va dire, photo classique, et martin Parr je ne connaissais pas du tout, je suis allé voir quand j’ai préparé l’interview, je suis allé sur son site Internet et justement j’ai vu des photos d’un style particulier et notamment il joue beaucoup sur le flou net, et ses dernières photos, c’est sur la plage de Benidorm en Espagne, c’est-à-dire qu’il y a une grande partie nette et puis toujours un premier plan avec des personnes qui sont floues, et ça peut surprendre voire choquer au début, ça peut même presque gêner la lecture de l’image, et puis comme c’est toujours pareil, il y a toujours ce truc-là, on se dit que finalement il y a un truc, et ça peut être une source d’inspiration pour la photo animalière.
B : Comme je te disais tout à l’heure et je te donnais quelques noms de photographes qui m’interpellent
A : Ce que j’ai vu hier, ça m’a interpelé.
B : Moi j’ai un très bon copain qui s’appelle Stefano Unterthiner que tu dois connaitre, en tout cas que pas mal de photographes animaliers doivent connaitre, Stefano lui, je trouve qu’il a vraiment un cadrage et une façon de travailler ses images qui est particulière et qui est vraiment photographique. Elle n’est plus que naturaliste, elle est vraiment aussi photographe. Je pense que c’est un bon photographe et ce n’est pas forcément ce qui est valorisé du premier coup parce que c’est vrai que c’est peut-être une image un peu plus difficile à lire mais je trouve qu’un gars comme ça, il y en a d’autres, qui fait des choses qui vont peut-être te mettre un peu plus de temps à rentrer dans l’image mais il y a une personnalité dans l’image. Moi en fait c’est ça que je valorise, c’est vraiment la personnalité.
A : Alors tu es connu pour tes photos de la faune urbaine, ton livre « safari urbain » est paru en 2010 aux éditions Altus, 2010 c’est ça ?
B : Oui.
A : Qui a connu un grand succès. Alors je cite une petite phrase sur la 4e de couverture que tu as écrite : « Les animaux se sont adaptés à la proximité de l’homme sans que celui-ci ne s’en aperçoive vraiment. Il existe donc vraiment dans nos villes une faune sauvage active ». Ce n’est pas une légende, c’est vraiment vrai ?
B : Ah oui, ça c’est l’essence même du travail que j’ai fait, comme je te disais tout à l’heure, j’étais à Londres pendant 10 ans, donc effectivement pendant les 6 mois où je restais à Londres, j’avais quand même un vrai manque de nature quand même, donc moi j’avais la chance d’avoir un studio photographique qui était dans le sud de Londres, près d’un vieux cimetière, et derrière ce cimetière, enfin dans ce cimetière-là j’avais 3 ou 4 familles de renards. Et j’y allais absolument tous les jours, tous les jours, tous les jours. Tous les jours je faisais le même bruit, tous les jours ils s’habituaient à moi, et au bout d’un moment j’avais même des jeunes qui venaient, qui couraient après ma voiture quand je rentrais dans le cimetière. C’est à ce moment-là où je suis resté très longtemps dans ce lieu-là que j’ai vu effectivement qu’il y avait des renards, mais qu’autour des renards, moi j’ai vu des éperviers, j’ai même vu un faisan une fois rentrer dans le cimetière, je ne sais pas d’où il sortait ce faisan, il y avait des chouettes hulottes. Donc j’ai remarqué effectivement qu’il y avait tout un écosystème qui était déjà un micro écosystème dans ce cimetière, mais si tu vas plus loin et tu relies les différents parcs naturels ou les parcs verts, les jardins publics, etc., dans une grande ville comme Londres, tu vas te rendre compte que parfois il y a même des corridors qui se sont faits naturellement, en suivant par exemple les lignes de chemin de fer ou les lignes de métro, en fait certains parcs sont reliés les uns avec les autres, et en fait ça fait quand même une certaine, une sacrée superficie de vert, de verdure, de nature, et là tu vas te rendre compte qu’effectivement les animaux ils se sont adaptés. Alors parfois c’est à leurs dépens, c’est-à-dire que les blaireaux par exemple se sont fait un peu grignoter leur terrain par les humains, et en fait ils sont quand même restés, ils se sont adaptés. Et puis d’autres par contre, c’est l’inverse, ils sont revenus en ville alors qu’ils étaient effectivement en campagne. Et donc là je me suis intéressé à Londres, et après je me suis intéressé aux grandes villes d’Europe et avec toutes les espèces qui sont assez étonnantes comme le faucon pèlerin, le sanglier, des espèces assez emblématiques comme le renard, je le disais, mais l’ours par exemple en Roumanie, etc. Donc ils se servent de ce milieu urbain pour survivre, et même parfois pour mieux survivre en ville qu’en campagne.
A : Parce qu’ils y trouvent leur intérêt notamment sur la nourriture, j’imagine ?
B : Oui, et puis
A : Un peu de chaleur peut-être ?
B : De la nourriture, certaines espèces vont effectivement profiter de la chaleur, certaines espèces vont même profiter de la lumière, notamment la lumière nocturne. Moi j’ai vu du faucon pèlerin chasser en pleine nuit, ils se sont adaptés parce que tu as des migrateurs qui vont plutôt voler la nuit, et puis quand ils passent au-dessus d’une ville, ils sont plus visibles, donc le pèlerin il va taper dessus. Donc j’ai vu la bécasse par exemple qui se faisait attraper par le pèlerin en pleine nuit. Donc ils se sont vraiment adaptés, ils s’adaptent. Et plus généralement par rapport à ce projet-là, si tu veux, c’était un peu, et ça c’est vraiment mon fer de lance, c’est-à-dire c’est vraiment mon discours actuel, c’est d’essayer de faire comprendre aux gens que la nature et l’homme, ce n’est plus séparé. C’est-à-dire que c’est complètement imbriqué, même dans la forêt du Jura, au plus profond de la forêt du Jura, tu as la présence humaine. Et si on continue à dire au grand public, il y a la nature, etc., originelle, et moi je suis complètement imprégné de cette nature, etc., on ne fait pas du bien à la nature parce qu’on fait croire au grand public que la nature elle est encore intacte, et ce n’est plus le cas du tout, en Europe Occidentale elle est complètement imprégnée par l’homme et il faut impérativement que l’on fasse comprendre que la nature et l’homme, c’est maintenant un tout, et c’est justement comme ça que l’on peut préserver éventuellement certaines espèces.
A : C’est un levier en plus, quoi ?
B : Oui, parce que ça permet, effectivement ça fait moins rêver les gens, parce qu’on leur dit, regardez, la forêt, quand on fait des photos de grands coqs par exemple, on le fait effectivement dans une forêt qui est déjà de toute façon gérée et qui est même parfois gérée pour le grand coq, en fait ce que l’on photographie, on a l’impression que c’est la pleine nature mais c’est complètement artificiel.
A : Bien sûr.
B : Et c’est ça qui est important, c’est cette fragilité qu’il faut dire au grand public, dont il faut parler au grand public pour qu’il comprenne que maintenant si on ne fait rien, si les gens n’agissent pas, on peut effectivement avoir des espèces qui disparaissent.
A : C’est un des rôles, une des responsabilités des photographes animaliers. Alors qu’ils vivent en ville ou à la campagne, ça reste quand même des animaux sauvages, et les photographier demande alors les mêmes techniques d’affût et d’approche, ou est-ce qu’il t’a fallu, je ne sais pas, inventer ou faire d’une autre façon d’approcher ou d’affûter ces animaux-là ? Ou est-ce la même chose qu’ils soient en ville ou en campagne ?
B : Alors il y a des espèces qui sont tout aussi craintives. Moi, en ville ou en campagne j’ai photographié l’épervier par exemple en plein centre de Paris, c’est des animaux qui étaient craintifs et qui faisaient très attention à la présence de l’homme. Maintenant je parlais du renard, j’ai plutôt fait, d’ailleurs je me suis imprégné d’un biologiste qui a bossé sur les suricates en namibie qui lui faisait de l’imprégnation, c’est-à-dire qu’il venait très très régulièrement faire tout le temps le même bruit sur les mêmes individus, et ces individus-là ne sont pas dépendants de quoi que ce soit, donc tu ne leur donnes pas de nourriture, mais ils sont complètement conscients que quand toi tu es là avec ce même bruit, ils ne craignent rien.
A : Ou la même odeur par exemple.
B : La même odeur. Moi j’ai vu des renards qui venaient vraiment vers moi, qui agissaient, d’ailleurs j’ai fait des comportements, c’est ce qui m’intéressait, j’ai fait des comportements territoriaux notamment parce qu’ils s’en fichaient éperdument de ma présence mais dès qu’il y avait une autre personne qui venait, un passant dans le cimetière, ils disparaissaient et réapparaissaient 5 minutes après.
A : D’accord. Alors en ville ça ne peut a priori pas poser de problème mais en campagne où il a la chasse par exemple est-ce que cette imprégnation ne peut pas poser problème où l’animal va se dire, tiens, une odeur humaine, je sais que ce n’est pas dangereux parce qu’il y a le photographe qui vient tous les jours, est-ce que ça ne peut pas être dangereux justement cette imprégnation dans certains cas particuliers ?
B : Oui, dans la nature, mais
A : Dangereux, enfin embêtant pour certaines espèces ?
B : Même en ville, tu vois, j’avais souvent ce discours par rapport aux renards encore une fois en ville, moi il m’est arrivé de donner quelques croquettes à des renards dans certains cas parce que je savais que ça allait aller beaucoup plus vite parce que notamment j’avais bossé pour Wild Wonders of Europe et il fallait que je fasse un truc en genre 10 jours, il fallait vraiment que j’aille très vite, donc c’est vrai que j’ai appliqué certaines règles auxquelles je ne suis pas d’accord avec moi-même, il fallait que je fasse ce job donc je l’ai fait, mais très clairement j’avais un discours qui était totalement inverse, c’est-à-dire qu’il ne fallait surtout pas commencer à habituer les individus à l’homme et notamment à les nourrir par exemple. Alors en campagne, c’est déjà plus compliqué parce que tu peux effectivement le faire mais tu as tellement de gens qui ne vont pas avoir le même comportement que toi, et puis effectivement tu as la chasse, etc., c’est déjà beaucoup plus difficile de faire ça, de l’appliquer mais c’est le cas dans le Grand Paradis par exemple, les gens ils vont faire pas mal le renard et ils viennent avec des sacs de croquettes et c’est clair qu’il y a de toute façon à chaque fois qu’on met le pied dans la nature, on a un impact plutôt négatif en règle générale.
A : Alors on va parler un peu plus technique, par rapport notamment à la nuit. On peut feuilleter tes articles, des extraits sur ton site de ton livre « safari urbain ». D’ailleurs je trouve le titre très bien choisi, safari urbain ça englobe tout, c’est très bien pensé. Et on voit pas mal de photos qui sont prises la nuit, dans une ambiance nocturne. Comment tu t’y es pris vraiment techniquement pour pouvoir retranscrire cette ambiance particulière de la nuit en ville, et en même temps je ne sais pas, ne pas avoir trop de grains, avoir le coup de flash qui casse l’ambiance ? Comment tu as fait pour réussir à faire ressortir l’ambiance lumineuse que toi tu vivais sur le moment ?
B : Ecoute, classiquement si tu veux, tu travailles tôt le matin, tard le soir, tu essaies d’avoir des ciels qui sont encore un peu chargés et qui sont encore un peu lumineux, tu essaies de mesurer tes flashs, tu essaies de mettre plusieurs flashs. Moi j’aime bien bosser au grand angle, donc soit je travaille à la barrière infrarouge, soit je travaille au déclencheur à distance, soit dans certains cas tu n’as même plus besoin de ça parce que, comme je te le disais, il y a certains animaux qui ne sont vraiment pas trop craintifs, donc en fait tu t’allonges et tu attends et ils vont passer. Mais c’est toute une mesure en fait, oui, des lumières que j’aime bien travailler pour retranscrire effectivement un aspect déjà nocturne mais encore avec un peu de lumière de fond, etc., qui retransmet aussi un peu l’aspect urbain, en l’occurrence là c’est ce que je souhaitais, il m’arrivait de mettre du gel sur les flashs pour essayer de retranscrire la même chaleur que les lampadaires, parce que ce n’est pas les mêmes teintes. Donc voilà, c’est toute une espèce de combinaisons de petites techniques qui vont faire qu’au bout d’un moment quand tu fais ça depuis des années, j’ai quand même bossé sur ce projet-là pendant près de 10 ans, tu finis par à peu près savoir comment gérer tes images.
A : C’est pas mal d’empirisme, c’est-à-dire que tu as testé, des essais, des erreurs, tu as essayé plein de choses à vide sur les animaux pour voir ce que ça allait donner et puis après tu as appliqué ça en situation réelle ?
B : Oui, et puis tu sais, moi je fais partie de cette génération, déjà, de la génération film, j’ai commencé, j’ai presque plus bossé en diapos qu’en numérique. Donc au début tu étais obligé de faire des tests, tu ne faisais pas ça sur le coup, donc c’est vrai que je faisais des tests, je faisais des premières images qui étaient ratées et puis tu avais le résultat une semaine voire 3 semaines après
A : Donc il fallait noter tes réglages, tout ça ?
B : Oui, j’avais un petit carnet, on prenait des notes, je prenais des notes sur tout ce que je faisais, l’inclinaison des flashs, la puissance, tel gel, tel objectif, tel ISO, tel ceci, tel cela. Donc je pense qu’il y avait une rigueur par contre que j’avais à l’époque et qui est maintenant beaucoup plus souple si tu veux. Donc c’est vrai que cette rigueur-là m’a probablement aidé à maintenant savoir à peu près ce que je fais, j’ai presque plus besoin de notes parce que le numérique est quand même beaucoup beaucoup plus simple.
A : Bien sûr. Alors tu as un projet plus récent qui concerne le lynx, tu as d’ailleurs sorti un livre il n’y a pas très longtemps qui s’appelle « Regards de lynx »
B : Il sort dans une semaine, là j’étais à l’impression.
A : D’accord. Aux éditions Slatkine, c’est ça ?
B : Oui. Editions suisses mais qui distribuent aussi en France et en Belgique.
A : D’accord. Donc ce livre-là c’est la compilation de beaucoup de temps de travail. De manière très générale qu’est-ce qui t’a attiré chez cet animal ?
B : Alors là par contre, comme je te disais au début, en tant que naturaliste je pense qu’il y a vraiment certaines espèces qui sont emblématiques, qui sont clairement emblématiques, qui sont des espèces qui sont, même si tu n’es pas forcément près, parce que tu vois, moi, en tant que Breton, je n’avais pas forcément l’occasion de croiser du lynx quand j’étais gamin. Mais le lynx, ça fait partie de ces animaux, tu te dis, si un jour je pouvais en voir un, ce serait extraordinaire. Et puis quand je suis arrivé en Suisse, presqu’une des premières choses que j’ai fait, parce que ça fait bientôt 10 ans que je suis là, une des premières choses que j’ai fait c’est de le chercher. Et quand on est arrivé dans ce petit village, donc ça fait maintenant 8 ans que j’habite là, en fait j’ai vu des traces assez rapidement, je me suis dit, ce n’est pas possible, il y a forcément quelque chose qui a été fait là-dessus. Et en fait je me suis rendu compte, tu vois, que les gens ils vont au kenya, ils vont en Inde, ils vont un peu partout pour essayer de photographier de belles espèces. Mais un peu dans l’esprit du safari urbain, je me suis dit, en fait il y a quelque chose à faire tout simplement sur cette espèce qui est extraordinaire, beaucoup plus compliqué forcément que de photographier des renards. Mais voilà, j’ai monté un projet, je me suis rapproché de scientifiques, ces gens-là en plus, je crois que j’avais un gros avantage, c’est qu’ils ont beaucoup aimé le safari urbain, justement ils aiment bien intégrer l’aspect humain avec la nature, je crois qu’ils ont été assez emballé par les conversations qu’on a pu avoir, ils m’ont dit, ce serait sympa qu’on puisse faire quelque chose.
A : Tu n’étais pas seul pour ça, tu t’étais vraiment
B : C’est vraiment un travail d’équipe.
A : Un travail d’équipe avec des scientifiques dont tu parles ?
B : Voilà. J’ai suivi les scientifiques, en fait je bosse encore avec eux sur les captures, sur les transferts, sur les translocations. Là où je suis un peu plus seul effectivement, c’est quand même d’essayer de le photographier, c’est-à-dire là les biologistes ne vont pas m’appeler en me disant, tiens, il y a un lynx qui est là, va le photographier, ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Donc je suis quand même obligé, moi. Cependant je travaille avec les gens qui sont le plus, c’est vraiment des très grands spécialistes de cette espèce, Breitenmoser qui est le directeur du Kora, c’est un type ça fait 30 ans qu’il bosse sur cette espèce-là, c’est une référence mondiale. Donc forcément avec toutes les conversations qu’on a pu avoir, le temps que j’ai pu passer avec eux, etc., j’ai eu la chance de pouvoir profiter de leurs connaissances, si tu veux. Donc maintenant c’est vrai de, en tous les cas, de gagner pas mal de temps pour arriver à ce que je souhaitais faire.
A : S’attaquer à un tel monument de discrétion qu’est le lynx, c’est un sacré challenge. Et qu’on s’appelle Laurent Geslin ou pas, le lynx, lui, il s’en fiche. Alors quelles sont les choses indispensables à faire quand on souhaite photographier des espèces aussi farouches que ça, comme le lynx évidemment mais aussi les buses, les chats sauvages par exemple, une ou deux choses, tu l’as dit, évidemment aller vers des spécialistes, des scientifiques, mais il y a peut-être d’autres choses qu’il faut absolument faire pour pouvoir avoir une chance de le rencontrer, de le photographier, le lynx et d’autres espèces très discrètes ?
B : Je crois que c’est pas mal de temps sur le terrain sans l’appareil photo, et d’une, c’est-à-dire oublier un peu la photo au début et se dire je vais déjà essayer de comprendre un peu cette bestiole-là parce que, pendant les 2 premières années, je faisais beaucoup de, dès qu’il y avait de la neige, je suivais les traces, c’est un peu comme ça qu’on comprend un peu son mode de vie, son déplacement, des choses que je ne comprenais pas, pourquoi il fait ça, pourquoi il va là, etc. Et puis au fur et à mesure tu finis par comprendre un peu mieux le terrain, et puis de l’acharnement, je pense que c’est aussi, tu vois, moi j’aime bien les projets longs, j’ai mis 10 ans sur le safari urbain, je vais peut-être mettre plus de temps encore sur le lynx parce que même si le bouquin est sorti je vais continuer. Mais moi ce que j’aime en fait, c’est surtout comprendre jusqu’au bout et m’approprier vraiment un sujet. Je ne suis pas très bon, je ne suis pas très rapide, je suis un peu lent, je suis un peu feignant aussi, donc il me faut du temps en fait pour comprendre certaines choses. Et là en l’occurrence, j’ai l’impression de m’imprégner beaucoup plus de l’espèce, de mieux comprendre, et puis tous les jours j’apprends, tu vois il y a des choses, tous les jours j’apprends. Donc c’est vrai que si tu es très souvent sur le terrain, tu finis par comprendre un peu mieux le comportement de l’animal, tu vas finir par des fois, des fois non, pendant 6 mois, 8 mois, rien du tout, et puis tout d’un coup en un mois tu vas faire 3 obs extraordinaires, et puis là tu te dis, ça valait le coup. Donc je crois que c’est du temps, beaucoup de temps passé sur le terrain sans l’appareil, il faut parfois oublier l’appareil, et puis l’acharnement je crois.
A : Donc je retiens ce conseil-là, de se forcer à laisser l’appareil photo à la maison et de partir sans, dans l’optique j’observe, je regarde ce qu’il se passe et je comprends mieux le comportement de l’animal. En tout cas j’essaie un peu de voir ses faits et gestes si je peux le rencontrer.
B : Mais même si tu ne le rencontres pas, ce n’est pas la question de le rencontrer, là tu n’es pas dans une optique d’images, tu n’es pas dans un optique de le rencontrer, tu es dans une optique de comprendre. Donc en l’occurrence le lynx il a un énorme territoire, donc il faut essayer de comprendre comment il occupe son espace, quad est-ce qu’il occupe certains espaces par rapport à d’autres, et après tu te dis, voilà, théoriquement si je me mets là à telle période, tel moment, etc., là il y a peut-être une chance pour que je le vois.
A : Alors tu fais partie du projet Wild Wonders of Europe. Alors il me semble, je me trompe peut-être, que ce super projet ne connait pas en France le même succès, le même retentissement qu’il peut avoir dans d’autres pays anglo-saxons. Tu es d’accord avec moi ou non ?
B : J’avoue que je ne sais pas trop ce qu’il fait. Je n’ai pas trop suivi, une fois que qu’on a fait le projet. C’était un projet sympa, on a été au courant des expos qu’il y a pu avoir, des bouquins qu’il y a pu avoir, mais c’est peut-être un peu la limite de ces gros projets, c’est qu’ils ne peuvent pas avoir un suivi avec les photographes comme ils le souhaiteraient ou comme nous on le souhaiterait. Je sais qu’effectivement il y a eu de bons retentissements dans certains pays, peut-être un peu moins en France, peut-être parce que le mot Wild Wonders of Europe, ça fait un peu anglais, c’est peut-être un peu moins accessible. En tout cas pour moi, c’était une super aventure, c’était en plus un peu un privilège parce que j’ai côtoyé des photographes, des gens que je connaissais ou que je ne connaissais pas mais avec qui j’ai pu échanger, rencontrer. Et puis c’était un projet qui était vraiment très chouette.
A : Le principe en deux mots, c’était quoi exactement pour ceux qui ne connaissent pas ça ?
B : Tu avais une cinquantaine de photographes, on leur demandait d’aller, en tout cas chaque pays d’Europe devait être couvert, donc on essayait d’envoyer un photographe dans un, deux, trois pays différents, ou une ou deux missions, moi j’en ai fait cinq, j’en ai fait beaucoup, je crois que je suis un de ceux qui en ont fait le plus d’ailleurs, et on essayait un petit peu, si tu veux, de photographier des espèces qui avaient déjà été photographiées, ce n’est pas dans certains cas des espèces qui n’avaient jamais été photographiées, mais avec un œil un peu nouveau.
A : D’accord.
B : Et puis voilà. Donc moi j’avais fait l’Angleterre, j’avais fait l’Italie, j’avais fait la Moldavie qui est un superbe pays d’ailleurs, enfin un pays très intéressant, difficile, mais vraiment chouette à faire.
A : Très bien. Donc le site Internet existe toujours, donc on peut inviter les auditeurs à aller voir les résultats de ce projet-là, qui est très chouette, mais dont on n’a à mon avis pas assez parlé en France. Alors c’est une tradition maintenant sur le blog, tous les photographes que j’ai interviewés sont passés par là, je vais te demander de choisir une photo qui t’a marqué, qui t’a plus marqué que certaines autres et de nous décrire le making of, comment tu as fait pour aboutir à ce résultat-là, donc juste nous dire pourquoi cette photo-là plutôt qu’une autre et puis comment tu as fait en quelques mots pour l’avoir ?
B : Hou là, tu me prends de court. Une photo à moi en tout cas ?
A : Ah oui, bien sûr, une photo à toi. Ou celle qui a eu le plus de succès, je ne sais pas si on peut dire comme ça, où tu as eu de meilleurs retours.
B : Je ne sais pas si j’ai eu différentes choses, retours ou quoi de certaines images, parfois je te l’avoue, les images que je préfère, ce n’est pas forcément les images que le grand public préfère, donc c’est très subjectif tout ça. Peut-être il y a une image, que j’ai juste devant moi, tu vois, parce que je n’ai pas de tirage de mes images, j’en ai fait une seule, c’est la photo du cerf, un cerf en filet pendant le brame, il y a plusieurs années de ça, elle n’est pas toute jeune cette image, dans le sud de l’Angleterre, c’était à New Forest que j’avais fait cette image-là, et je trouve cette image, alors que normalement j’ai tendance à plutôt à avoir un œil critique sur mes images, je suis rarement content. C’est une image qui n’est pas du tout dans le style que je fais, flashé ni rien, grand angle, c’est vraiment 500 mm, c’était une approche que j’avais fait où j’avais vu une biche qui était assez craintive, je m’étais arrêté, elle me regardait et elle était en train d’essayer de quitter la harde en fait, et le mâle que j’entendais d’assez loin a vu ça, il ne m’avait pas vu, lui, et il est passé avec vraiment une espèce de tête très fière, l’œil vraiment inquiet, en train de surveiller la biche qui était en train de quitter la harde. Et c’est une image, si tu veux, en fait le brame du cerf, ça a été fait un milliard de fois, et c’est toujours un peu la même position du profil que je fais toujours si j’ai l’occasion, du moins c’est toujours un peu classique. Alors que là, on ressent dans cette image une certaine puissance de l’animal, les pattes sont quasiment toutes floues mais tu as une force, une puissance, le poil est beau, c’est une image que j’aime beaucoup, qui n’est pas forcément dans le style que je fais d’habitude mais que j’aime parce qu’il y a vraiment quelque chose qui se dégage de cette image-là, et d’ailleurs lui ne m’a même pas vu, il ne m’a jamais vu, il n’a jamais calculé, la biche, elle, clairement m’avait vu, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle s’était arrêtée, mais lui ensuite est reparti en train d’aller gueuler bien plus loin. Voilà c’est une image que j’aime bien, souvent je me lasse de mes images au bout d’un moment, et celle-ci je continue de la regarder en me disant qu’il y a quelque chose qui se dégage.
A : Alors elle n’a pas la patte Laurent Geslin qu’on connait
B : Non.
A : Mais voilà, tu l’aimes pour le moment.
B : Mais c’est peut-être aussi pour ça. Si tu veux, les choses que je sais faire, ça m’impressionne moins. Mais les choses que je ne sais pas forcément bien faire et que je réussis à faire une fois, je me dis, tiens, ça c’est pas mal. Peut-être que je devrais bosser là-dessus.
A : Une dernière petite chose, les cerfs, les cervidés en Angleterre sont plus facilement approchables qu’en France ou non finalement ?
B : Ça dépend où tu vas, mais oui, il y a des grands parcs, alors il y a le fameux Richmond Park qui est carrément dans Londres où tu peux aller. Moi je n’y allais plus parce que d’abord je m’étais fait attraper par les gardes, parce qu’en réalité personne ne le sait mais c’est un parc royal et théoriquement tu as besoin d’un permis pour y aller et c’est ultra-cher, et moi en fait, c’est bien de faire l’accent français
A : Je ne savais pas.
B : Quand tu te fais attraper par un garde, i didn’t know, mais au bout d’un moment les mecs ils te reconnaissent, ils te disent, tu es gentil toi mais si on te revoit, on te file une prune. Donc je n’allais plus là mais j’allais à New Forest, il y a des secteurs qui effectivement sont sympas à New Forest, mais il y a d’autres secteurs qui sont vraiment chouettes parce que les gens ne connaissent pas en fait, il y a des rendez-vous où les gens vont tous au même endroit, où d’ailleurs le milieu est toujours un peu le même, mais il y a des endroits par contre où il y a très peu de gens. Les cerfs sont un peu plus craintifs mais ils ne sont pas forcément chassés, en tout cas ils sont quand même moins craintifs que là où je faisais mes premiers cerfs en forêt de Brocéliande, tu vois, c’est quand même différent. Donc oui, il y a certains secteurs. Mais d’une façon générale je n’aime pas trop, le problème si tu dis un endroit, si tu donnes un endroit avec les réseaux sociaux, avec toute la communication, tu vas avoir la saison d’après, tu vas avoir tous les photographes qui vont y aller et c’est peut-être un peu ce que j’évite. Donc moi j’y allais, j’y allais parce qu’il n’y avait quasiment personne à l’époque. Je sais que maintenant il y a certains copains qui ont fait des articles, qui ont donné les endroits et tout, oui forcément ceux qui n’ont pas le temps de faire du repérage, ils vont aller là-bas mais ce n’est pas forcément des endroits que maintenant je conseillerais.
A : Je te remercie infiniment Laurent Geslin, c’était très intéressant de t’écouter.

Consultez la source sur Auxoisnature.com: Podcast 19] Interview de Laurent Geslin – photographe animalier

 

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